#8 Défi – Commencez votre potager avec vos plantes bio-indicatrices et diagnostiquez votre sol

Bonjour bonjour,

Comme nous l’avions évoqué lors de la première visite du terrain : https://jeune-pousse-permaculture.fr/7-defi-embarquez-pour-la-visite-de-notre-potager-avant-quil-ne-soit-potager/), l’observation générale, et l’observation des plantes bio-indicatrices en particulier, permettent de faire connaissance avec votre milieu.

Cela est essentiel si vous souhaitez comprendre le sens de ce que vous faites.

Il n’existe pas de recettes universelles, c’est cela qui est passionnant, il va falloir comprendre certains mécanismes pour savoir quoi faire 🙂

Mais il y a plein de place pour l’expérimentation donc au pire on teste des trucs et on déduit après  !

L’observation des plantes

Voici les caractères indicateurs des plantes observées chez nous :

Description Photo prise dans notre jardin Caractères indicateurs
Herbe aux cinq coutures ou plantain lancéolé, famille des plantaginacées – page 245


Herbe aux cinq coutures
Equilibre en eau – fertilisant – MO, bonne activité microbienne aérobie
Chicorée sauvage, famille des astéracées – page 131


Chicorée sauvage
Excès d’azote, richesse en bases, et blocage des éléments Phosphore et K Potassium car pH élevé. Compactage des sols limoneux riches en bases. Tassement des sols par piétinement provoquant des anaérobioses
Fausse roquette, crucifère herbacée de la famille – page 151


Fausse roquette
Richesse des sols en bases et en azote disponible ou non pour les cultures. Blocage des éléments nutritifs par pH élevé, compactage des sols.
Dactyle aggloméré ? Attendons les fleurs – p 147


Dactyle aggloméré ?
Sols plutôt secs et riches en bases. Engorgement des prairies en matière organique souvent d’origine animale de mauvaise qualité, sur sols secs, riches en bases,. Blocage des éléments nutritifs par les excès de MO, le PH élevé, le tassement des sols ou le compactage des limons.
Helianthème ? Attendons les fleurs – p 189

Hélianthème ?
Sols riches en bases, peu profonds, très secs en été, engorgés en MO carbonée archaïque. Carence en MO animale et en azote, sous-pâturage.
Genévrier – p 199


Genévrier
Absence de sols ou sols rocheux peu profonds, acides ou basiques. Sols très filtrants, à assèchement estival sévère. Sols très riches en bases, acides ou alcalins à pH souvent supérieur à 7.5. Engorgement en MO végétale archaïque, carence en Azote.
Chiendent des champs – p 154


Chiendent des champs
Fatigue des sols qui méritent une régénération par la prairie naturelle multiflore. Déstructuration des sols par les labours. Excès de nitrates et de potasse, compactage des sols limoneux à pH élevé, fort contraste hydrique.
Chêne pubescent


Chêne
Adaptation de l’arbre à la sécheresse

 

C’est assez complet, globalement on retrouve ce que l’on “sentait”, à savoir que le sol est sec, l’humus peu profond, et qu’il est calcaire, au pH élevé.

En observant plus de plantes, et peut être en différenciant les zones, et en associant des coefficients de présence, on pourrait mieux rentrer dans le détail. Mais pour démarrer c’est suffisant.

Comment identifier les plantes ?

Pour identifier les plantes que vous observez, vous pouvez vous servir de Plantnet : Il s’agit d’une application informatique au fonctionnement très simple, il faut prendre une photo de feuilles, de fleurs, et valider.

L’application vous propose alors les meilleures ressemblances avec les plantes enregistrées dans son catalogue.

J’ai découvert ça lors d’un covoiturage, avec un passionné d’oiseaux et d’environnement, merci Olivier !

Accès au site de cette appli : Pl@antnet : https://plantnet.org/

Une fois la liste réalisée, il vous faut faire des recherches sur chaque plante. Nous avons utilisé l’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf, volume 1. C’est un ouvrage de référence dans le domaine des plantes bio-indicatrices.

Humidité du sol ?

L’humidité du sol vous sera utile car c’est elle qui permet la transpiration des végétaux par les feuilles (notamment par des petits orifices appelés stomates).

  • Cette circulation du sol vers les feuilles permet d’acheminer les minéraux via la sève brute.

 

  • En outre, l’eau est nécessaire pour réaliser la photosynthèse oxygénique : 2n CO2 + 2n H2O + photons2(CH2O)n + 2n O2. En d’autres termes, de l’eau et du dioxyde de carbone, donnent du dioxygène, et du sucre : génial 🙂

 

  • Enfin, la présence d’eau permet l’ouverture des stomates qui permet de capter le CO2 nécessaire,  et donc de réaliser la photosynthèse, nécessaire à la croissance de la plante.

 

S’il n’y a pas d’eau, les stomates se ferment pour freiner la transpiration, la photosynthèse est ralentie, par manque d’eau et par manque de CO2.

En quantités variables selon les plantes que vous cultivez, l’eau est donc un élément capital.

Arrosage

Attention : l’humidité du sol est bien trop souvent assimilée à l’arrosage. Nous allons voir ici les principales astuces qui vous permettront de comprendre comment certains jardiniers n’arrosent presque pas.

Les avantages d’arroser peu sont multiples, surtout dans une situation de terrain sec. Arroser peu est une démarche de sobriété, et permet :

 

  1. De dépendre peu du bon fonctionnement du réseau et de la qualité de son eau.
  2. De faibles dépenses en eau (€).
  3. La préservation des nappes phréatiques.
  4. L’autonomie du jardin, moins de surveillance / arrosage.

Nous vous proposons de décrire comment l’humidité du sol ne dépend pas que de l’eau qu’on y apporte, mais comment l’humidité du sol dépend aussi (et beaucoup) de sa capacité à conserver l’humidité qui s’y trouve.

Cas du sol sec et très drainant

On peut observer le côté sec car la végétation est sèche : elle a de petites feuilles, de consistance sèche, et de petite tailles (à l’opposé des fougères, des bananiers), c’est ambiance garrigue ici.

Très drainant parce que même lorsqu’il a plu fortement, il n’y a pas de boue, pas de flaques, pas de zones où l’eau ruisselle.

Le fait que l’eau ne ruisselle pas nous apprend qu’il est inutile d’envisager de canaliser l’eau de surface, via des rigoles, ou des baissières, comme je l’avais imaginé lors des discussions en  commentaires de cet article : https://jeune-pousse-permaculture.fr/4-defi-les-5-choses-a-faire-pour-commencer-votre-potager/

Cela n’est peut-être pas le cas chez vous !

Et donc ici,  comment obtenir un sol humide sans avoir trop d’arrosage à faire ?

La conservation de l’eau dans le sol

La conservation de l’eau c’est d’abord identifier comment l’eau s’en va, et comment agir sur ça.

L’eau qui se trouve dans les couches superficielles du sol s’en va par évaporation. Et tout comme un drap qui sèche, plus il y a de vent et de chaleur, plus l’eau s’en va rapidement.

Ca c’est valable partout.

Protection solaire

Paillage

Donc vous allez protéger le sol de la chaleur du soleil, par une couverture. Un peu n’importe laquelle, pourvu qu’elle fasse de l’ombre au sol. C’est ce que l’on appelle le paillage*, qui peut se faire avec de la paille par exemple.

On peut aussi utiliser des branches, des feuilles, du foin, des pierres, des tuiles, etc, pour créer ce que tout le monde a déja observé, même en été : sous un caillou posé là depuis longtemps, c’est humide, et il y a pleins d’insectes qui vivent.

Il se trouve qu’en plus d’être humide, cette zone est également fertilisée et décompactée par ces petits habitants qui creusent des galeries et brassent des matières organiques, et ça ça vous intéresse aussi 🙂

Attention cependant, votre paillage doit couvrir une large zone. Dans la cas contraire, la petite zone paillée sera séchée par l’évaporation des zones non paillées alentours, par un phénomène de migration :

 

Ombre

Pour protéger du soleil les zones de sol où vous voulez conserver plus d’humidité encore, vous pouvez aussi faire grimper des plantes comme les tomates ou les courges sur des structures, et planter à leurs pieds.

Bien sûr, il est aussi possible de se placer sous un arbre. Il apporte de l’ombre, et de l’eau, puisque ses racines puisent profondément, et en remontant elles en diffusent une petite quantité au sol environnant.

Protection au vent complémentaire

Une fois que vous aurez paillé pour protéger le sol de la chaleur du soleil, alors vous aurez déja une bonne protection de la surface du sol au vent.

Mais le vent peut aussi sécher l’air et sécher les végétaux : leurs feuilles et leurs tiges. S’ils sèchent, ils vont sécher le sol d’une part, et surtout freiner leurs photosynthèse d’autre part. Par manque d’eau et de CO2 (les fameuses stomates qui se ferment).

SE placer a l’abris du vent

Il faut donc se placer à l’abri des vents dominants, car en plus de cet effet asséchant, ils peuvent tout simplement abîmer les plantes en cassant des branches, et emporter de l’humus (cela dit, ce dernier phénomène, appelé érosion éolienne, est quasi inexistant dans le cas d’un bon paillage).

Pour se placer à l’abri des vents dominants, il faut observer le terrain et les obstacles déja présents. Vous pouvez aussi aller sentir le vent quand il est fort. Remarquez les zones abritées et la direction du vent.

Parfois le vent contourne un relief, suit le fond d’une combe, donc son orientation locale peut être très différente du flux principal.

Une fois ces éléments repérés, vous connaîtrez les emplacements propices du point de vue “vent”, ou les endroits où créer des brises vents.

Les brises vent

Certains brises vents seront raisonnés à court terme, comme des canisses par exemple, d’autres à moyen terme, des structures de plantes grimpantes vivaces par exemple, et d’autres à long terme, comme une haie d’arbres.

Pesanteur

En plus de l’évaporation, il y a bien sûr la pesanteur qui emporte l’eau. Ceci est d’autant plus prononcé dans des sols drainant et/ou en pente.

Pour cela, il est donc utile d’augmenter la capacité du sol à retenir l’eau (diminuer son côté drainant), et de créer des zones moins pentues, pour éviter les phénomènes classiques d’érosion.

Humus et complexe argilo-humique

Le complexe argilo-humique, souvent désigné CAH, est de l’ultra haute technologie. C’est une astucieuse association de plusieurs éléments, qui favorise un sol fertile, vivant, à forte capacité de rétention d’eau et drainant à la fois.

Vous devriez avoir envie de vous acheter. Mais personne n’en vend ! C’est à créer chez soi ou dans un jardin partagé, et c’est gratuit.

Il est composé de :

Matières organique …

Les animaux, bactéries, microbes et champignons dégradent la matière organique pour former l’humus.

La couche superficielle de sol, sur laquelle la matière organique est dégradée, ne doit pas être enfouie pour que le processus de formation d’humus fonctionne. Il faut à la fois de l’oxygène, mais aussi de l’ombre et de l’humidité. En fait c’est ce qu’il se passe souvent dans la nature non modifiée, dans une forêt.

En l’absence de forêt, le paillage permet de recréer en partie ces conditions.

L’humus contient des nutriments dont les plantes vont se servir.

Pour que ces nutriments restent par là, et ne migrent pas ailleurs dans le sol, se faisant emporter par l’eau par exemple, cet humus est associé à de la matière minérale :

… associées à des matières minérales

La matière minérale, c’est la roche dégradée en éléments plus ou moins gros. Les plus petits sont souvent des argiles.

Elles ont un pouvoir collant pour des raisons de structures, et des raisons chimiques :

  • Leurs structures en lamelles reproduit ce que l’on observe à grande échelle, par exemple quand nous utilisions un microscope au collège et que la lamelle en verre collait, jusqu’à ce qu’on y rajoute de l’eau pour qu’elle se décolle ! Vous vous souvenez ?

 

  • Elle est aussi chargée négativement, ce qui lui permet de s’associer avec des ions minéraux positifs.

Et qui est-ce qui vient stabiliser tout ça ensemble pour que ce soit stable ? Les vers de terre et les champignons !

 

Conclusion

Dans votre jardin ou sur un lopin de terre que vous aurez déniché, avant d’intervenir :

  • Commencez par observer. Le sol, le milieu qui l’entoure, le vent, le soleil, les obstacles etc.
  • Identifiez les plantes grâce à plantnet ou autre.
  • Listez les caractères indicateurs de ces plantes grâce à l’encyclopédie des plantes bio-indicatrices par exemple.
  • Vérifiez la cohérence avec vos simples observations initiales.

Laissez reposer jusqu’au prochain article.

A bientôt, et pensez à partager ce contenu avec vos proches s’il vous a plu ! Et à nous offrir un commentaires, en pti cadeau allez, c’est Noël ? Ah non …

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