[Cohérence] Croissance et société durable : Que faire si vous n’y croyez plus ?

Une vingtaine de chimpanzés sont isolés dans une pièce où se trouve une banane en haut d’une échelle. Dès qu’un singe commence à escalader l’échelle, les autres reçoivent automatiquement une douche froide.

 

Rapidement, les chimpanzés apprennent qu’ils ne doivent pas escalader l’échelle s’ils veulent éviter d’être arrosés. La douche est ensuite désactivée, mais les chimpanzés conservent l’expérience acquise et ne tentent pas d’approcher de l’échelle.

 

Un des singes est remplacé par un nouveau. Lorsque ce dernier s’approche de l’échelle, les autres singes l’agressent violemment et le repoussent. Lorsqu’un second chimpanzé est remplacé, lui aussi se fait agresser en tentant d’escalader l’échelle, y compris par le premier singe remplaçant.

 

L’expérience est poursuivie jusqu’à ce que la totalité des premiers chimpanzés qui avaient effectivement eu à subir les douches froides soient tous remplacés. Pourtant, les singes ne tentent toujours pas d’escalader l’échelle pour atteindre la banane. Et si l’un d’entre eux s’y essaye néanmoins, il est puni par les autres, sans qu’aucun ne sache pourquoi cela est interdit malgré le fait qu’aucun n’ait jamais subi de douche froide…

 

Dans cette série d’articles et vidéos [cohérence], nous étudions les liens entre le mouvement vers une société durable et notre contribution personnelle à ce mouvement.

 

Aujourd’hui, nous parlons de la méconnaissance des raisons d’être de la croissance.

 

On se sait plus pourquoi nous avons besoin de croissance. Certains l’avaient décidé avant, mais nous sommes comme ces singes. Nous sommes arrivés à un moment où l’explication ne se voit plus. Est-ce que c’est cela que nous voulons faire vivre à nos enfants ? Leur dire que la croissance, c’est comme ça, c’est l’emploi ?

CROISSANCE : NÉCESSAIRE OU TOXIQUE ?

Du point de vue d’un individu d’une société occidentale, la croissance c’est quelque chose comme l’augmentation de la disponibilité de biens et services auxquels on a accès, et la facilité à gagner de l’argent (ou monnaie).

 

 

Dans la vidéo, l’extrait de l’excellent documentaire de Gabriel Rabhi “Dette, crise, chômage : qui créé l’argent ?” nous explique comment l’argent est créé sur une île déserte à l’occasion de crédits accordés par la banque. Et comment le principe des intérêts,  créé la nécessité de ré-emprunter toujours plus. Et donc de générer beaucoup de productions, et de finir par épuiser les ressources de l’île.

 

 

Du coup, on se rend immédiatement compte de la non durabilité du système. C’est pas que le banquier est particulièrement vorace, ou que l’un des acteurs de l’île est particulièrement destructeur, non.

 

C’est juste l’organisation elle même, qui conduit naturellement à une destruction. Le système n’est pas durable.

 

La particularité d’un système qui n’est pas durable, c’est précisément qu’il a une fin. Ce qui signifie que si nous pouvons l’observer, c’est qu’il est né il y a peu de temps.

LE SYSTÈME ECONOMIQUE ÉTAIT-IL DURABLE AVANT ?

L’argent n’était pas considéré comme une monnaie d’échange avant. La survie des paysans ne nécessitait pas directement d’argent. C’était plus de l’ordre du crédit entre particulier. Du genre, “je te donne ce dont tu as besoin en tomates au mois d’août, tu me donneras du bois en décembre” et si cela était satisfaisant pour les deux parties, cela perdurait. On a même retrouvé des tablettes en pierre en Egypte sur lesquelles étaient notées ces lignes de crédit entre particuliers.

 

Mais cela a été révolutionné par l’agrandissement des sociétés humaines et leurs besoins de créer une armée pour se défendre, ou pour coloniser.

 

En effet, quand la communauté est sédentaire mais sous la protection d’un seigneur local, on peut imaginer que les denrées nécessaires au château éventuel et à sa petite armées sont directement prélevées chez les paysans.

 

Mais quand il s’agit de s’étendre sur de grands territoires, il faut trouver un meilleur moyen de rétribuer les soldats. Le plus concluant a été de construire un système qui permette non pas au soldat de prélever des ressources chez les paysans pour le compte du dirigeant, qui répartit ensuite, mais un système qui permette au soldat de s’acheter directement les biens qui l’intéressent.

 

Pour cela, il fallait plusieurs choses. Qu’il y ait de la monnaie, que les paysans acceptent d’être payés en monnaie, et que les soldats aient de la monnaie. Ainsi ont été créées des pièces de toutes sortes dans des métaux précieux, souvent à l’effigie du dirigeant local. Plutôt que d’imposer le prélèvement de denrées  alimentaires comme le blé, on prélevait de la monnaie, que l’on redistribuait aux soldats entre autre. Donc les paysans eurent besoin de monnaie pour payer leurs impôts, se mirent à accepter la monnaie de la part des soldats en l’échange de denrées, et se mirent même à commercer entre eux pour avoir toujours de la monnaie.

 

Cela a redoublé la puissance des dirigeants qui créait la monnaie puisqu’ils pouvaient alors s’acheter tout ce qu’ils voulaient, tant que la monnaie qu’ils créaient eux-mêmes fonctionnait.
Cela est une logique plutôt qu’un fait historique précis, pour sentir un peu le sujet ; nous reprendrons l’Histoire de la monnaie précisément à une autre occasion.
Cela permet de comprendre certains processus qui éloigne l’être humain de la nature et des savoir-faire. Dans notre exemple, nous comprenons que le soldat en question n’a plus besoin de savoir quel paysan produit quoi à quelle période pour lui prélever l’impôt. Il va simplement chercher de la monnaie. C’est une mission moins compliquée, qui fait appel à des connaissances moindres.

QUI A CRÉE ? QUI BéNéFICIE D’UNE SOCIÉTÉ NON DURABLE ?

Ensuite on a pu décupler la force que fournit le travail humain grâce à l’énergie du charbon, on a donc pu accroître les productions et les échanges, même avec d’autres pays, au point de proposer au XXème siècle à leurs dirigeants, de la technologie et des armes, contre du pétrole, des métaux ou de l’uranium.

 

Souvent, il est plus efficace et rapide soit de coloniser directement, soit de se concentrer sur les dirigeants en accroissant leur pouvoir et leur protection en échange des ressources locales, plutôt que d’enrichir en biens et services la population et de créer un véritable commerce.

 

Donc on a développé un tas de trucs dont l’armement pour obtenir en échange de l’énergie, qui est rapidement devenue un commerce mondial, où la bataille fait rage et où les monnaies se battent pour garder une valeur importante les unes par rapport aux autres.

 

Ces monnaies gardent une valeur importante, si elles sont demandées. Loi de l’offre et la demande oblige. Pour qu’elles soient demandées, il faut vendre un maximum de choses sur le marché mondial. Pour cela, il faut produire un maximum de choses, que les autres ne savent pas produire, et dont ils pensent avoir besoin.

 

Ce combat en apparence futile revêt une importance vitale pour la pérennité des nations, puisqu’il s’en suit des rapports de forces commerciaux qui permettent des alliances/protection d’une part, et la puissance de l’armée nationale tout simplement, d’autre part.

 

Cette logique de croissance a progressivement fait basculer le but d’une journée : Jadis paysans, dans des paysages constitués principalement de communautés autonomes en phase avec les rythmes naturels, les individus ont été invités à sortir de leur inutilité au sein de la machine croissance.
On leur a même créé des “emplois”. En France, ce progrès a eu lieu vers la fin du XIXème siècle. On peut souligner par exemple l’année 1882, où l’école révolutionnée et homogénéisée est devenue l’occasion de vanter à tous les petits Français les louanges des grands acteurs de cette logique, et de se sortir de la paysannerie sans intérêt commercial majeur, et de s’éloigner de l’Eglise.

 

Il n’y a pas que du mauvais ou que du bon, il est simplement intéressant de savoir qu’il y a 150 ans, les enfants apprenaient encore à produire de la nourriture localement, avec une autonomie locale prononcée, sans pétrole, ni plastique. Progressivement l’argent est devenu la priorité d’une journée de travail, pour l’intérêt de la nation certes, mais surtout grâce à son pouvoir démultiplicatif que nous allons décrire ici.

QUI ENTRETIENT CHAQUE JOUR UN SYSTÈME NON DURABLE ?

Supposons que je travaille une heure pour moi, mettons, je met une heure pour me faire une baguette de pain (si on considère le travail pour obtenir la farine, c’est rapide !).
 Si j’ai en parallèle la possibilité de travailler pour une entreprise, et de gagner 8€ en une heure, et qu’une baguette coûte 1€, je suis donc huit fois plus gagnant à aller travailler.
En effet, grâce à l’industrialisation et l’utilisation massive d’énergie, l’entreprise me fait générer des biens et services en bien plus grande quantité que ce qu’il est possible de faire tout seul.

 

Cela fonctionne bien, tant que la demande est croissante elle aussi, ce qui s’entretient au sein d’un pays par l’innovation, le marketing, et la non compétence du peuple à subvenir à ses besoins (faire du pain en l’occurrence).

 

On peut donc continuer à croire en ce beau projet de société humaine, ou la vie est plus douce, moins dure.

 

Mais pourquoi donc certains rouspètent alors ?

QUEL CHALLENGES MÉRITENT QU’ON ANTICIPE ? POURQUOI NE PAS CONTINUER ?

Comme précédemment évoqué, c’est la notion de durabilité qui fait cruellement défaut.

 

  1. La consommation d’énergie fossile modifie le climat à un point inconnu mais bien dommage et pas éthique. A consulter, le rapport du GIEC. Ce climat modifie les zones vivables, les migrations, les conditions de vie, l’agriculture, …
  1. Les ressources naturelles ont été consommées à une vitesse qui va forcément ralentir drastiquement sur toutes celles qui se renouvellent moins vite que ce que nous prélevons, certaines disparaissent, notamment les énergies fossiles et métaux. Ecouter par exemple Philippe Bihouix à ce sujet. Cela implique des ruptures nettes dans nos façons de produire, de la nourriture, de l’énergie, etc.
  1. En 150 ans, Les peuples occidentaux ont quasiment totalement oublié les savoir-faire de base de survie d’humains en collectivité : s’approvisionner en eau, cultiver la terre, construire des maisons, faire cuire du pain, élever des bêtes, … ce qui les met en position d’assistés vis à vis du système de productions industrielles, et donc en sont les défenseurs. Il n’y a donc pas de pilotage possible, on est bloqué à cause de ça. La moindre paire de journée sans pétrole abondant et les supermarchés se vident, la panique démarre, simplement parce qu’on fait comme si cela ne pourrait jamais exister, quel dommage.

J’ai l’impression d’être entré dans une pièce, de me diriger vers la banane, et que mes congénères me disent ” oh grand fou, ne t’approche pas de l’échelle !” sans qu’ils ne sachent pour quelles raisons.

 

Sauf qu’un jour les expérimentateurs qui nous observent et nous nourrissent n’auront plus de nourriture à nous donner, et en plus on est plusieurs heures par jour enfermés dans cette pièce, on est serrés , on a faim, c’est moche et on s’ennuie. Ne rêvez-vous pas d’être dehors, libre ? D’essayer de débrancher le détecteur ? De planter un bananier à travers le sol ? Ou mieux encore, de casser les murs et regrimper dans les arbres ?

SOLUTIONS ?

Solution, définition : ” Ensemble de décisions et d’actes qui peuvent résoudre une difficulté.”

 

La difficulté “non durabilité” de la société occidentale ne peut pas être résolue sans une grand quantité d’hypothèses hors de portée, chronophages, et nécessitant une coordination qui n’a pas même commencée. Il y a un deuil libérateur à opérer sur “la solution”.

 

Par contre, la difficulté “incohérence” entre le mouvement vers une société durable, et contribution personnelle vers ce mouvement, présente tout un panel de solutions accessibles, qui méritent d’être connues et pratiquées.

 

Parmi elles, revenir vers la nature, s’émerveiller, revenir vers notre corps physique, retrouver et pratiquer d’anciens savoir-faire et en développer de nouveaux, à propos de la production locale de nourriture sans dépendance au pétrole, et la construction avec des matériaux locaux et naturels.

 

Quels que soient les avenirs, ces savoir-faire seront parfaitement utile, et quels que soient les présents, ce sont des voies royales d’épanouissement, de partage et de sens !

 
 

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Une réflexion sur « [Cohérence] Croissance et société durable : Que faire si vous n’y croyez plus ? »

  1. Bravo pour cet article.
    [cohérence]… c’est marrant parce que je pense souvent à ceux qui traitent d’incohérents ceux qui s’engagent dans des initiatives. Bien sûr que c’est dur d’être cohérent.
    La quête de cohérence, c’est l’histoire d’une vie… mais elle commence par la “quête de sens”, pour citer le titre d’un excellent documentaire ; car à quoi bon être cohérent dans ce qui n’a pas de sens… à part quand on s’appelle Shaddock.
    Merci d’outiller la quête de cohérence (pouces en l’air). Belle continuation à vous deux ;D

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