Comprendre l’accouplement royal des abeilles, du sexe plus “hard” que “soft”

Cet article passionnant est proposé par Nathalie, apicultrice qui nous accompagne dans la mise en place de notre rucher, un immense merci pour son partage de grande qualité, et bonne lecture !

La vie de la reine, et le principe de l’essaimage

La reine des abeilles : une super-génitrice orchestrant un méta-organisme

Les superlatifs ne sont pas vains pour qualifier la reine des abeilles, tant son rôle est magistral pour la création et l’organisation de l’essaim. Sa différence de morphologie et de fonctions avec les abeilles ouvrières est uniquement due à sa nourriture, composée exclusivement de gelée royale.

Incapable de se nourrir seule, elle sera entourée sa vie durant d’une cour de plusieurs nourrices qui lui apporteront gelée et soins en permanence. Ses fonctions consistent donc uniquement à la ponte et à la diffusion de ses phéromones, afin de fédérer ses troupes et d’orienter la structuration de l’essaim au long des saisons.

Les abeilles mellifères sont des insectes sociaux, incapables de survivre de manière isolée. Chaque individu constitue une cellule vivante de l’essaim,

interdépendante des autres. Une abeille peut mourir sans que cela n’altère l’essaim, et d’autres la remplaceront. L’essaim nous apparaît alors comme un organisme à part entière : un méta-organisme.

Alors, lorsque nous sommes en contact avec les abeilles à l’ouverture des ruches, ou en observation d’un essaimage, on ne peut que ressentir la cohésion et l’énergie puissante dégagée par ces milliers d’individus – allant de 20 000 jusqu’à 70 000 abeilles voire davantage pour les très gros essaims – qui ne forment en réalité qu’un seul et unique « corps » vivant !

Combien de temps vivent les abeilles ?

Il faut 16 jours pour voir naître une reine, 21 pour les ouvrières et 24 pour les mâles, dits faux-bourdons. Dès son éclosion la reine vierge est prise en charge de jeunes abeilles n’ayant encore jamais quitté leur abri.

Sa longévité est nettement supérieure à celle des ouvrières, car elle peut atteindre 5 années, avec même des cas d’exceptions annoncés jusqu’à 8 ans par certains auteurs, alors que les autres abeilles vivent de 5 à 6 semaines l’été et d’environ 5 mois pendant la période hivernale.

Cependant, pour toutes les raisons liées à l’effondrement de l’espèce, les reines dépassent rarement les 3 années d’existence dans les ruchers d’exploitation.

Vidéo (2’28) : éclosion d’une reine où l’on voit les nourrices la toucher avec leurs antennes dès sa sortie de la cellule royale :

https://www.youtube.com/watch?v=HGY7OdLpWkE

L’accouplement royal, du sexe plus « hard » que « soft » …

Atteignant sa maturité sexuelle trois à cinq jours après sa naissance, la reine vierge sort de la ruche pour son unique « vol nuptial ».

Les mâles, regroupés dans des zones de rassemblement, dites aussi « zones de congrégation », qui peuvent être éloignés du rucher de plusieurs kilomètres et sont immuables depuis des siècles, s’accouplent avec les reines vierges qui les y rejoignent.

Cette action se produit en plein vol à plusieurs mètres d’altitude, et peut nous paraître assez brutale : le mâle s’agrippe à la reine et la pénètre, mais après l’éjaculation son phallus est arraché de son abdomen lors de son retrait, ce dont il meurt.

Son organe sexuel reste accroché à celui de la reine, et forme un bouchon empêchant l’écoulement de sa semence. Celle-ci sera stockée dans une « bibliothèque de sperme » où la reine piochera tout au long de sa vie pour féconder ses œufs.

De 5’40 à 6’03 sur cette vidéo, incroyables images de l’accouplement : https://www.youtube.com/watch?v=sO1q0QD4kjI

Ce manège peut se réitérer jusqu’à une quinzaine de fois pendant le vol nuptial. Une deuxième sortie de la reine peut être effectuée les jours suivants si le premier vol s’avère insuffisant pour remplir sa spermathèque.

Après le premier rapport, les mâles successifs enlèveront le bouchon laissé par le précédent, afin de réaliser leur accouplement. Une fois la reine fécondée, elle réintègrera sa ruche, où les ouvrières s’affaireront à la délivrer du dernier bouchon, enclenchant ainsi le signal du démarrage de sa ponte.

L’essaimage : mode de reproduction naturel des abeilles

Le déclencheur :

Un essaim qui a hiverné en se resserrant sous forme de boule, appelée grappe, afin de résister au froid et de maintenir une température supérieure à 26° pour sa survie et celle de la reine, reprendra son activité dès l’arrivée des premiers pollens, vers la fin janvier pour notre région.

A ce moment la reine redémarre la ponte et la colonie se développe. Puis à partir du mois de mai, pour des raisons de manque d’espace liées à la forte croissance de l’essaim _ la reine pouvant pondre jusqu’à 2 000 œufs par jour à cette période _ l’essaimage va s’enclencher.

L’essaimage, c’est la division d’une colonie en deux populations : La reine originelle quitte la ruche avec la moitié de l’essaim, voire les deux tiers, pour chercher un autre domicile, et les abeilles restant dans le nid, avec du couvain, redémarreront une colonie avec une nouvelle reine.

Le processus :

Les abeilles anticipent cette action. Dix à douze jours précédant l’essaimage, elles commencent à fabriquer plusieurs cellules royales dans lesquelles la reine pond, et produisent une quantité importante de gelée royale. Puis elles mettent la reine « à la diète », ce qui entraîne le ralentissement de sa ponte, préalable à son envol.

Dans le même temps, certaines butineuses prennent le rôle d’éclaireuses et partent à la recherche d’un nouveau nid. Une partie de l’essaim peut s’agglutiner à l’entrée de la ruche et former une barbe. On est dans la phase de « fièvre d’essaimage ».

Deux ou trois jours avant l’éclosion des reines vierges, l’essaimage a lieu. Les abeilles se gorgent de miel, et l’essaim s’envole, entourant sa reine. Il se pose généralement à quelques mètres de son point de départ, sur une branche, un pylône, ou ce qu’il trouve, et forme une grappe soudée, pendant que les éclaireuses continuent leur prospection. Le vrombissement émis par les abeilles à ce moment est tout à fait reconnaissable, et assez fort, comme celui d’un moteur. Elles sont en état de stress, et si on les approche elles n’ont pas tendance à piquer ni à être agressives car toute leur attention est portée sur le fait d’entourer la reine pour sa préservation. C’est à ce moment-là que nous pourrons récupérer des essaims, pour les enrucher artificiellement puis les intégrer à nos ruchers.

Une fois le nouveau domicile trouvé, l’essaim informé par les rabatteuses s’y engouffre et démarre son installation rapidement, avec bâtisse de rayons de cire et nouvelle ponte de la reine. C’est une réelle course contre la montre, car la fabrication de cires nécessite beaucoup d’énergie. La colonie n’en a que très peu : les abeilles en ont emporté dans leur jabot, mais n’en n’ont pas du tout en stock…

 

Le remplacement de la vieille reine : la supercédure

La vieille reine qui a essaimé sera par la suite rapidement remplacée par une jeune vierge issue de sa nouvelle ponte. Celle-ci la tuera pour prendre sa place, ou pourra aussi cohabiter quelques temps. On appelle ce remplacement de la reine (remérage) qui ne passe par un nouvel essaimage, la supercédure.

Le brassage génétique :

Cette jeune reine étant, suite au déplacement de l’essaim, amenée à être fécondée par des souches de mâles différentes de celles de sa mère, il en résulte que l’essaimage, avec la supercédure qui généralement s’en suit, participe au brassage génétique essentiel pour la survie de l’espèce.

Merci Nathalie !

Retrouvez nous sur le terrain du futur rucher : (Interview vidéo en cliquant sur l’image)

https://www.youtube.com/watch?v=bJ4Xljj3awA&t=4s

A bientôt !

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