Rencontre avec la fierté après un presque-burn-out.

Un job d’ingénieur

Je travaillais chez Vinci Construction en tant que conducteur de travaux, bien que je n’y connaissais rien en bâtiment d’ailleurs.

 

J’avais 27 ans, et je me demandais comment ça se faisait que je dirigeais un chantier de construction alors que j’avais fait une école d’ingénieur en génie mécanique moi.

 

Je passais beaucoup de temps dans mon bureau, dans la baraque de chantier des chefs, à faire des papiers, recevoir des gens, commander des matériaux.

 

Mais je ne comprenais pas grand chose à ce que les gars faisait concrètement sur le chantier. Je ne comprenais ni leurs problèmes, ni leurs solutions. Je ne connaissais que les chiffres. Il fallait couler 30 mètres linéaires de banches chaque jour, et tant de mètre carré de plancher béton. Il fallait que la grue tourne en permanence sinon c’est qu’on perdait du temps quelque part.

 

Malheureusement, je n’apprenais jamais vraiment à faire les choses, à régler des banches, poser des mannequins pour réaliser les ouvertures dans les murs, ferrailler, coffrer, reprendre le béton avec du mortier. Je restais surfacique dans la technique.

 

Le stéréotype du supérieur hiérarchique incompétent en fait.

 

J’ai pourtant insisté pour faire un stage sur chantier (ce serait le minimum !), mais non, refusé.

 

Cupidité

Ce genre de chantier est le rendez-vous de la cupidité. Les allées et venues de patrons et autres  responsables avec comme unique mot d’ordre : la rentabilité et le profit.

 

Absence totale d’autres paramètres dans les choix, ne serait-ce que la qualité de réalisation, par conscience professionnelle ou réputation d’entreprise, non.

 

Il faut aller au plus vite, soigner ce qui se voit uniquement.

Ou est passée la fierté ?

Ajouté à cet inconfort, j’avais de plus en plus la conviction qu’on pouvait faire des logements avec moins de débauche d’énergie.

 

Moins de pollution, et plus de respect de l’être humain. Il fallait voir, les mètres cubes de béton chaque jour, les tonnes de ferraille venues d’Italie, tout les matériaux industriels et leurs déchets associés, les colles, les produits chimiques par centaines de kilos, les gens sous-payés, les sous-traitants qui mettent la clef sous la porte tellement la négociation les as emmenés bas. Ca me décevait et m’attristais profondément.

Esprit critique

En fait j’avais un profond besoin de comprendre, d’être convaincu qu’il n’était pas possible de faire autrement.

 

J’avais un sentiment désagréable de lâcheté et de culpabilité à collaborer à un projet d’entreprise comme celui de Vinci Construction.

 

En somme, les conditions de travail étaient assez bonnes, les moyens techniques assez impressionnants, cependant d’un point de vue humain et écologique, je trouvais cette entreprise naze ! Fleuron national … mouais ! C’est ça la crème de la crème ? C’est la France ? C’est le top de ce que sait faire l’humain ? Pfff ! Pas sûr moi …

creativité

Avant de me cramer en vol, je suis parti. In extremis. En effet, à la fin je n’arrivais plus à décrocher le téléphone, je n’arrivais plus à répondre aux mails, j’étais un peu tremblant, fébrile et affaibli. Bref, sur une pente glissante d’un point de vue moral.

 

 

J’ai acheté une vieille bagnole utilitaire que j’ai aménagée pour y mettre un lit, c’était mon premier bricolage depuis des années, et le symbole d’une nouvelle liberté !

 

 

Je suis allé travaillé sur des chantiers de construction, bénévolement. J’ai commencé à apprendre à faire. A apprendre ce qu’est réellement le chantier. Ce que c’est d’être dehors, de porter du lourd, de s’adapter en permanence. J’ai découvert l’ossature bois, l’isolation en paille, et l’utilisation de la terre dans le bâtiment.

 

 

Ca m’intéressait tellement que j’ai fait une formation professionnelle de la construction paille.

 

 

J’ai un vague souvenir de ce moment où nos formateurs se sont présentés, ont parlé d’eux, de leurs parcours et de leurs motivations.

 

L’un d’eux, Sébastien, avait exprimé que son engagement dans des pratiques écologiques et sociales lui permettait de se regarder dans la glace chaque jour, et de pouvoir dire à ses enfants : “j’ai fait ce que j’ai pu !” si un jour ils venaient à lui poser des question sur le passé.

 

Ca m’a fait beaucoup de bien d’entendre ça ce jour là. Ça a ouvert un chemin qui ne s’est jamais refermé depuis … celui d’inviter, moi aussi, régulièrement la question :

 

Que puis-je faire pour être fier de ce que j’accomplis ?

 

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3 réflexions sur « Rencontre avec la fierté après un presque-burn-out. »

  1. Salut Cédric,
    Ton article m’a beaucoup intéressé et travaillant dans le bâtiment je me retrouve un peu dans les mêmes questionnements et critiques que tu as eus lorsque tu bossais chez Vinci. L’impression que le monde professionnel du bâtiment apporte peu de qualitatif en terme humain et respect/harmonie avec la nature, avec pourtant de gros moyens. Et pourtant, dans ce domaine il y a de très beaux challenges, que des non-professionnels relèvent bien plus facilement que les entreprises…
    Bref me voici également dans la phase de “j’ai quitté mon taff, j’ai envie d’apprendre à faire et de contribuer autrement avec mes compétences !”. J’espère que cette nouvelle étape de vie sera aussi riche que la tienne !
    Bonne continuation !

    1. Salut Elsa c’est super tout ça, tu ne peux en tirer que du bon ! Tu peux être fière chaque jour d’avoir bousculé ton train train pour améliorer les choses ! Comme tu dis il y a pleins de belles choses à faire dans le monde de la construction, sur la réappropriation des savoir faire ancien notamment c’est passionnant et trés pertinent eut égard aux défis d’économies de ressources auxquels nous répondons aujourd’hui! Go sur les chantiers participatifs, tu vas trouver le plein d’énergie et 1000 idées de boulot 😉

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